Journée porte ouverte chez Agrigaz,

Cinq ans de méthanisation au service du territoire

Le samedi 30 mai, l’unité de méthanisation Agrigaz Vire a accueilli plusieurs centaines de visiteurs à l’occasion de sa journée porte ouverte.

Organisé avec les Chambres d’agriculture de Normandie à l’occasion des 5 ans du site, ce temps fort a permis aux partenaires, élus, agriculteurs et habitants du territoire de découvrir les coulisses d’une installation devenue un acteur majeur de la transition énergétique dans la Région.

Tout au long du parcours de visite, les participants, répartis en groupes, ont pu échanger avec les exploitants, les partenaires techniques et institutionnels, ainsi qu’avec plusieurs spécialistes, intervenants ponctuels sur le site.

Production de biométhane ou gaz vert renouvelable, valorisation du CO₂ biogénique, digestat, qualité de l’air, logistique agricole ou encore économie circulaire, autant de sujets abordés au fil des stands, par Antoine Herman et son équipe, les membres du conseil d’administration, et les partenaires techniques de l’unité de méthanisation.

La visite a débuté par une présentation générale assurée par le responsable du site, qui a retracé l’histoire du projet Agrigaz. Installée sur la zone d’activités de la Papillonnière à Vire Normandie, l’unité est entrée en service en septembre 2020. Dès sa première année complète d’exploitation, les objectifs de production ont été atteints.

« Après le démarrage, l’objectif à atteindre a été accompli en une petite année », rappelle Antoine Herman devant la maquette pédagogique.

Depuis, les performances ont progressivement augmenté sans modification majeure des équipements jusqu’en 2025, année marquée par un investissement stratégique, avec la mise en place d’une unité de captation et de valorisation du dioxyde de carbone. Cette évolution constitue aujourd’hui l’une des spécificités majeures d’Agrigaz Vire.

Globalement, cette journée a permis de mettre en lumière le rôle essentiel de la méthanisation agricole dans la transition énergétique locale et dans la décarbonation des activités économiques du territoire. Quatre ans après la première porte ouverte tous publics, elle a également mis en avant les synergies développées avec les entreprises locales.

Comprendre la méthanisation, avec la production de deux molécules de valeur

Au cœur du processus, la méthanisation transforme des matières organiques en biogaz grâce à l’action naturelle de bactéries en milieu anaérobie, sans oxygène.

Le biogaz produit dans les digesteurs contient principalement :

  • environ 55 % de méthane, de symbole CH4
  • environ 45 % de dioxyde de carbone, de symbole chimique CO₂

Le méthane représente l’énergie renouvelable recherchée.

Le CO₂, lui, n’apporte pas d’énergie, mais reste une molécule valorisable. Comme l’explique Alexis Peulson, des Chambres d’agriculture de Normandie, il s’agit d’un carbone biogénique, issu de la dégradation de matières organiques récentes, et non d’un carbone fossile extrait du sous-sol.

Pendant longtemps, ce CO₂ vert était rejeté dans l’atmosphère après sa séparation du biométhane dans le module Clarke Energy. Aujourd’hui, Agrigaz a choisi une autre voie.

« Nous avions pour projet de piéger, capter, refroidir, comprimer et liquéfier ce dioxyde de carbone. »

L’installation mise en service l’été dernier, à la fin du mois d’août 2025, permet désormais de produire environ 2 camions de 25 tonnes de CO₂ liquide chaque semaine, soit à terme près de 2 500 tonnes par an.

Un collectif de 35 exploitations agricoles

engagées dans l'économie circulaire pour produire un quart de la consommation gazière de Vire

Une fois séparé du dioxyde de carbone, le biométhane est directement injecté dans le réseau de distribution exploité par GRDF. Le raccordement de l’unité permet aujourd’hui d’injecter environ 320 Nm³ de biométhane par heure.

Selon les données présentées le 30 mai, Agrigaz couvre désormais entre 25 % et 30 % de la consommation de gaz de Vire Normandie, tous usages confondus, auprès des particuliers, des entreprises et des collectivités.

Cette production représente près de 30 000 MWh d’énergie renouvelable chaque année.

Agrigaz repose sur un collectif d’exploitations situées dans un rayon de 15 kilomètres. Chaque année, environ 60 000 tonnes de matières sont valorisées :

  • 50 % d’effluents d’élevage ;
  • 25 % de végétaux ;
  • 25 % de coproduits agroalimentaires.

Parmi les partenaires, figurent notamment la Normandise Pet Food, la Compagnie des Fromages, le fabricant d’andouilles Amand Terroirs et les abattoirs de Villers-Bocage. Cette proximité géographique constitue un élément fondamental du modèle d’Agrigaz.

Sur les pas de Christophe Dupard, vice-président d’Agrigaz, vers le stand d’Atmo Normandie

Deux représentants de l’association Atmo Normandie, agréée par l’État pour surveiller la qualité de l’air dans la Région, ont présenté aux publics leurs diverses missions, dont celle de la surveillance des polluants dans l’atmosphère. Notamment celle des polluants émis par un méthaniseur.

Sur la base du volontariat, les visiteurs ont été invités à sentir une odeur non toxique et non allergène, dans un air chargé en odeurs, donc perturbant l’exercice.

« Il s’agit d’une molécule d’éthylmercaptan, un nom un peu compliqué, que l’on retrouve dans les processus de dégradation de matières biologiques, donc une des molécules qui peuvent être émises par un méthaniseur. On la retrouve également dans certains fromages, comme le Camembert, et elle ressemble beaucoup à la note présente dans le gaz, une autre molécule à l’odeur extrêmement proche », expliquait l’intervenant.

Afin de mesurer les odeurs, l’ATMO utilise une méthode créée par l’Université du Havre et un bureau d’études, qui s’appelle le langage des nez. Dans ce langage, les odeurs sont caractérisées de la manière la plus objective possible. Au lieu de parler par évocation, les odeurs sont placées dans un référentiel, comme avec les couleurs, avec des termes compris par tous, tels aromatique, soufré, etc.

Les nez, après formation, reconnaissent une trentaine de molécules. Au sein de l’ATMO, des nez peuvent se rendre dans des lieux desquels remontent des nuisances olfactives. Il existe également beaucoup de nez industriels, notamment en Normandie, qui sentent les différentes odeurs des process.

« Pourquoi est-ce qu’on n’utilise pas des capteurs pour remplacer les nez ?

Il s’agit d’un travail complémentaire. Les capteurs, fantastiques, mesurent énormément de polluants, mais une odeur peut être composée de dizaines, voire de centaines de molécules. C’est donc extrêmement complexe, avec un capteur, de retranscrire une odeur. D’autant plus que le nez humain est capable de sentir certaines molécules, notamment les soufrées comme l’éthylmercaptan, à des concentrations extrêmement faibles. »

L’explication pédagogique du fonctionnement de l’unité Agrigaz par Alexis Peulson

Chambres d'Agriculture de Normandie

Alexis Peulson, Chambres d'agriculture de Normandie 2804

Lors de cette journée dédiée, les visiteurs ont pu découvrir des zooms sur chaque étape de la méthanisation.

« Au démarrage, l’objectif de ce site consiste à produire du gaz renouvelable, à opposer à d’autres sites, qui remplissent l’objectif de produire de l’électricité. »

Pour point de départ, des matières, appelées des intrants, sont collectées autour du site. Des cuves grises et des cuves enterrées collectent du sang, du lactosérum, du lisier, etc. Ces matières sont incorporées dans des digesteurs, c’est-à-dire des fermenteurs. Par le phénomène de méthanisation, elles vont être dégradées pour produire du biogaz.

Comment est-ce que ces matières sont dégradées ? Par des bactéries provenant des effluents d’élevage. Pour qu’elles travaillent bien, comme des êtres humains, elles doivent se trouver dans un bon environnement, il leur faut 40°, quasi en permanence, sans oxygène, avec un certain pH.

« Nous obtenons une énergie renouvelable fabriquée de manière naturelle, que j’oppose à  une éolienne ou un panneau solaire, très technologique. Ici, deux produits émanent de cette technique, le gaz et une fraction liquide soutirée chaque jour, le digestat. Celui-ci repart sur les parcelles agricoles, épandu chez les agriculteurs du groupement. »

Côté gaz, Agrigaz produit du biogaz brut, composé de nombreuses molécules. Eau, soufre, et principalement CO2 et CH4.

« Du point de vue énergétique, ce qui nous intéresse, c’est le CH4. L’enjeu consiste à trier ces deux molécules, à les séparer dans l’épurateur. Une fois celles-ci séparées, le méthane qui nous intéresse, renouvelable et produit localement, s’oppose au gaz fossile, qui venait auparavant de Russie, et maintenant des États-Unis. Ici, le gaz local renouvelable est injecté dans les réseaux de GRDF et permet d’alimenter 25 à 30 % de la consommation de la commune de Vire Normandie. »

Le CO2, récupéré lui aussi, est valorisé par l’entreprise VerdeMobil. Cette porte ouverte fête les 5 ans du site et met en avant ce procédé de valorisation, une technicité innovante puisque présente dans seulement 3 unités en Normandie, sur les 250 existantes.

Pour terminer sur les matières animales, Alexis Peulson a présenté Agrigaz comme un gros collectif de 37 exploitations agricoles, donc pourvu de 37 sources d’animaux différentes, en plus des déchets de l’industrie agroalimentaire, du lactosérum, du sang, des carcasses de poulets, etc.

« Si un seul intrant présente un problème sanitaire, après répartition et mélange dans les cuves, tout le monde se retrouve avec ce problème sanitaire. Donc l’obligation réglementaire dans le cadre du collectif implique l’hygiénisation des matières. On découpe tout à 12 mm, on chauffe pendant une heure à 70° C, ce qui permet d’abattre le risque pathogène et d’épandre de manière totalement sécurisée. »

Sur le site de méthanisation, 60 000 tonnes d’intrants sont traitées et incorporées dans les méthaniseurs, une ration composée pour moitié des effluents d’élevage, lisiers et fumiers, pour un quart des déchets de l’industrie agroalimentaire et pour le dernier quart des végétaux, de l’herbe, des intercultures, qui viennent s’intercaler entre deux cultures principales, et des cultures dédiées, notamment du maïs, en moindre mesure.

« Chauffer à 70° environ 45 000 tonnes de matières tous les ans demande une grosse quantité d’énergie, longtemps le projet ne se trouvait pas viable économiquement à cause de ce pan de l’hygiénisation, c’est ainsi qu’une idée de partenariat avec la Normandise Pet Food est née, pour aller chercher de l’énergie qu’ils ne parvenaient pas à valoriser. »

Mathieu Schneider présente le partenariat énergétique avec la Normandise Pet Food, un process innovant à l’échelle nationale

Devant le groupe de visiteurs, Mathieu Schneider, directeur de production des barquettes à la Normandise, a rappelé l’activité de l’entreprise agroalimentaire viroise.

« La Normandise fabrique des aliments humides pour chats et chiens, des barquettes, des pochons et récemment, des briques. Nous fabriquons 14 millions de pochons par semaine, 6 millions de barquettes, par semaine également, et une centaine de milliers de briques. »

Pour produire ces barquettes, pochons et briques, de grandes quantités de viande doivent être stérilisées par une cuisson à 127° C, pour une date limite d’utilisation de 2 à 3 ans. Pour ce faire, de grandes quantités d’eau vont permettre de chauffer, puis de refroidir le produit. Il s’agit de la chaleur fatale. Cette eau est envoyée chez Agrigaz afin de servir à l’hygiénisation des matières animales. Elle arrive dans l’unité de méthanisation à 55°, puis monte à 70-75° C environ par le biais des pompes à chaleur. Ce dispositif se trouve vertueux en termes de performance énergétique.

« Par ailleurs, la Normandise Pet Food subit des pertes de viandes, tous abats que la consommation humaine ne mange pas, et les pertes, quelques tonnes au vu de la production, plutôt que de partir à l’équarrissage, rentrent en composition du biogaz. Voici comment la Normandise se positionne comme partenaire d’Agrigaz Vire, et comment cela fonctionne, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. »

Stand journée porte ouverte Normandise Pet Food image 2767

La visite de la salle des machines avec Julien Burel,

opérateur de production en méthanisation chez Agrigaz Vire

Julien Burel, opérateur de production en méthanisation, salle des machines 2826

Depuis une année, Julien Burel travaille comme opérateur de production en méthanisation. Lors de la journée porte ouverte du 30 mai, il a présenté la salle des machines aux publics venus découvrir la structure.

« Mon collègue vous a parlé de l’hygiénisation, vous voyez ici les cuves bleues dans lesquelles la matière reste pendant une heure à 70° C. Avant cela, le fumier est incorporé dans les Multimix, dotés de broyeurs 12 mm. Le fumier, le lisier et les produits agro-alimentaires partent dans une cuve de stockage à l’extérieur, la cuve de pré-mélange, puis tout est pompé à nouveau, une fois bien mélangé, pour se diriger vers les cuves bleues. Après l’heure d’hygiénisation des matières, ces dernières sont envoyées dans les digesteurs. Trois cuves de 13 mètres cubes tournent en continu, en dehors du temps d’arrêt de remplissage du matin. »

Dans cette salle des machines, l’eau de la Normandise arrive par un large tuyau, à la température de 50-55° C, puis 24 pompes à chaleur servent à complémenter pour atteindre 70°. La moitié de ces pompes servent à chauffer la matière à 55°, avec le premier échangeur, puis le deuxième échangeur chauffe, lui, à 71° environ. Un troisième échangeur sert à refroidir car la température idéale dans les digesteurs s’élève à 40° C. Les pompes à chaleur fonctionnent à l’électricité. Le broyeur est équipé d’un piège à cailloux, pour récupérer tout corps étranger avant le départ vers les digesteurs. Enfin, la cuve de pré-mélange est vidée tous les 3 mois.

Franck Piel, technicien de région chez Clarke Energy, explique l’épuration du biogaz

« Nous récupérons le gaz brut composé à peu près à 60 % de CH4. Nous devons nous débarrasser du soufre, de symbole chimique H2S, au risque de polluer l’installation. Le gaz brut arrive, passe dans un premier échangeur tubulaire, puis remonte via des membranes de charbon actif pour retenir ce soufre, mais aussi les composés organiques volatils. »

Ensuite, un gros compresseur constitué de membranes monte à 15 bars afin de séparer les molécules de CH4 et de CO2. Ce système de membranes tubulaires s’étend sur 3 étages pour dissocier les molécules, permettant d’obtenir un CH4 pur entre 97 et 99 %.

« Comme vous le verrez dans la suite de votre visite, à présent VerdeMobil récupère le CO2 pour le valoriser, à raison d’à peu près 2 camions par semaine après passage de la phase gazeuse à la phase liquide. »

Le suivi des charbons s’effectue par un appareil de mesures interne. Tous les trois à quatre mois, ils sont changés et retraités. Une fois retirés les composés organiques volatils, le gaz n’a plus d’odeur, donc un odorant est ajouté dans le poste d’injection, pour éviter tout risque. Les travailleurs isolés portent d’ailleurs des détecteurs 5 gaz. Derrière le poste d’injection, une torchère sert de soupape en cas de surproduction de gaz vert.

Clarke Energy, Franck Piel, image 2833

Le fonctionnement détaillé de l’unité de valorisation du dioxyde de carbone,

par Duarte Viegas, responsable commercial chez VerdeMobil

« Ce bio CO2 aurait de toute façon été produit, puis relâché dans l’atmosphère, l’idée étant, avec ce nouvel équipement, de le récupérer et de l’utiliser après stockage pour la vente aux utilisateurs », introduit Duarte Viegas, partenaire d’Agrigaz par ses fonctions chez Verde Mobil.

 

VerdeMobil Duarte Viegas, business developer, image 2845

Dans le détail, la première étape d’épuration des gaz bruts, avec des filtres à charbons, permet de capter les polluants. Ensuite, un système vient progressivement refroidir le gaz, en augmentant la pression via un compresseur et un surpresseur. L’unité d’une grande technicité vient aussi l’assécher, pour éviter que le surplus d’humidité ne se transforme en glace lors du refroidissement.

« Par ce procédé, nous obtenons un CO2 pur et liquide, comprimé à 20 bars puis refroidi à – 20 °, prêt à passer sur le deuxième module de l’unité de valorisation, où nous venons à nouveau le refroidir davantage, de – 20 ° à – 30 °. Une colonne permet ensuite de séparer le CO2 restant de l’oxygène, de l’azote et du méthane qui restent dans le mélange. Par distillation, dans un alambic inversé, nous réchauffons le dioxyde de carbone à – 20 ° C. Par ce processus, le CO2 reste liquide, le méthane, l’oxygène et l’azote restent gazeux, tout est récupéré. »

À la suite de cette étape de technicité avancée, le dioxyde de carbone est envoyé, à l’état liquide, vers une cuve de 60 mètres cubes, située à l’arrière du dispositif d’extraction. Un camion d’une contenance de 25 m3 vient le chercher pour le livrer aux utilisateurs, une à deux fois par semaine.

« Chez Agrigaz Vire, Énergies d’ici, nous sommes capables de produire 4 000 tonnes par an, là où le CO2 fossile le plus proche est produit à Rouen, à hauteur de 80 000 tonnes à l’année. Nous ne travaillons pas dans les mêmes proportions », détaille le business developer de VerdeMobil.

En matière de débouchés, les serristes utilisent ce gaz carbonique, sous forme pulvérisée, pour optimiser les rendements, puisque la photosynthèse permet de produire davantage de tomates, par exemple. Dans l’agroalimentaire, le CO2, introduit dans 70 % des usages, vient prolonger les durées de conservation des aliments.

« On supprime l’oxygène des barquettes, de salades, de viandes, ou autres, et on injecte un mélange de gaz carbonique et d’azote, qui apporte des propriétés antibactériennes. »

Enfin, les abattoirs l’utilisent de plus en plus pour le bien-être animal, afin d’endormir les bovins, les porcins, la volaille et autres avant abattage. « Malgré des coûts de production plus élevés, des débouchés à une heure ou deux du site de production permettent de rentabiliser l’investissement. »

En conclusion de l’intervention de Duarte Viegas sur le stand VerdeMobil Biogaz, le responsable commercial a mis en exergue l’impact environnemental négatif grâce à ce site zéro déchet dans l’atmosphère. Si l’installation se trouve relativement coûteuse, avec un investissement approximativement identique à l’unité Clarke Energy de récupération du biométhane, ce marché, nécessitant des calculs précis, s’avère très prometteur pour l’avenir.

Le digestat et les enjeux agronomiques expliqués par 2 intervenants des Chambres d’agriculture de Normandie, Sarah Cavenel et David Delbecque

Afin de ne pas reproduire des erreurs commises en Allemagne, par exemple, les engrais minéraux sont remplacés par du digestat, mais non dans leur intégralité, et sous la forme d’une rotation. L’ensemble composé du lisier, du fumier et du digestat permet en effet de conserver une terre saine.

Lorsque Sarah Cavenel, des chambres d’Agriculture de Normandie, parle des digestats, elle évoque les contraintes strictes qui pèsent sur les contrôles. Tous les quatre mois, des analyses sont réalisées sur les éléments, les métaux lourds, les pathogènes, etc. Or, si les métaux lourds peuvent se trouver dans les boues des stations d’épuration, ils ne peuvent être présents dans celles provenant d’Agrigaz. Sur la question des poches, Sarah Cavenel répond.

« Tout le digestat ne peut être stocké sur site, donc des poches ou des fosses couvertes sont installées dans les exploitations du collectif, afin d’éviter la volatilisation. « Un transport récupère les lisiers, puis repart d’Agrigaz avec du digestat. »

L’épandage s’effectue selon un plan mutualisé, sur une surface de 4 000 hectares, dont environ 3 000 épandables, avec des contraintes selon les cours d’eau, les pentes, les distances avec les habitations. La Chambre d’agriculture, garante de ce plan, dispose d’une connaissance précise des quantités de digestats.

« Nous savons combien chaque agriculteur reçoit et savons également, pour chaque mètre cube, sur quelle parcelle il part, et à quelle date, sur le même principe que les boues des stations d’épuration. »

Sarah Cavenel, de la Chambre d'agriculture, parle du digestat 2862

Visant l’objectif de réduire ou d’arrêter l’utilisation des engrais de synthèse, certains agriculteurs, céréaliers, n’utilisent que du digestat et ne constatent aucune baisse de rendement.

En outre, la question de la réception de digestat a soulevé une réponse transparente de la part de Sarah Cavenel.

« Certains agriculteurs, 2 à 3 dans cette situation, sont rentrés dans le collectif Agrigaz parce qu’ils généraient trop de lisier ou de fumier et ne pouvaient stocker leurs effluents. Plutôt que de construire une fosse, ils exportent leur surproduction chez Agrigaz, et ne reçoivent donc pas de digestat. Pour les autres, une certaine cohérence entre apport et retrait subsiste. »   

David Delbecque, animateur sur un autre stand, a présenté la Chambre et ses dispositifs d’accompagnement, mais aussi l’alimentation des vaches. Pour rappel, en Normandie, 70 % du territoire est valorisé par l’agriculture.

« Progresser ensemble à travers des échanges d’expériences et des temps de réflexion collective », tels s’affichent les desseins de dispositifs comme Agricultur’elles, destinés à promouvoir la force du collectif en élevage, la force du collectif en cultures et la force du collectif pour les agricultrices.

Quant à l’alimentation, leur ration au printemps affiche pour première composante l’herbe, « prairie, foin, ensilage et enrubannage », détaille le professionnel. Le maïs ensilé, aliment énergétique peu encombrant, se conserve bien mais apporte moins de protéines. Par ailleurs, les minéraux et vitamines, le calcium, le magnésium et le phosphore, favorisent la digestion des bovins.

Les concentrés, parmi lesquels des drèches de brasserie, des tourteaux de colza, des féveroles et des céréales, apportent des protéines, peuvent être achetés ou produits sur la ferme. La ration de l’alimentation des vaches est également composée d’eau, de bonne qualité, à volonté.

Pierrick Hélie, de l’entreprise de Travaux Agricoles Gondouin,

présente la logistique des transports

Pierrick Hélie, conducteur d’engins agricoles, relate les débuts du partenariat avec Agrigaz, avant de répondre aux questions des visiteurs sur les évolutions jusqu’en 2026.

« 14 personnes travaillent dans la société de transport, dont une partie de la masse salariale dédiée aux activités agricoles. Au début de l’unité de méthanisation, avec seulement un tracteur et une citerne, nous avons parcouru 45 000 kilomètres en un an, dans l’impossibilité de suivre le rythme », raconte le chauffeur.

Après l’achat d’un premier camion, à quatre roues motrices, équipé d’un pont avant hydraulique, le petit nouveau dispose, lui, d’un arbre de transmission, pour plus de performance, en hiver comme en été.

« Chaque citerne contient 30 mètres cubes, il nous faut seulement 7 minutes pour la remplir,
puis 7 minutes pour la vider, grâce au bras de pompage. Les pesées automatiques et la géolocalisation facilitent le travail, tout comme les relations de proximité entretenues avec les agriculteurs, aussi bien pour la sortie des matières que pour l’apport sur les cultures. »

Pour poursuivre avec les données chiffrées, les deux ETA sortent plus de 200 m3 par jour, et réalisent de plus en plus de transports auprès des industriels, avec le sang bovin, les graisses alimentaires et graisses d’andouilles, le lactosérum dans les laiteries, qui font partie des produits valorisés par Agrigaz Vire.

Jusque dans la Sarthe, une dizaine d’unités de méthanisation co-existent sur un secteur de 100 kms alentour. Pour les épandages, la société Gondouin apporte directement dans les champs, afin de limiter l’attente, même en cas de gros volumes.

Dans le cadre du projet d’autonomie de la France sur sa production de gaz en 2050, de nombreux agriculteurs montent aujourd’hui leurs structures. Avec une grande réactivité pour apporter satisfaction, l’ETA Gondouin répond aux demandes, même de dernière minute, car l’enjeu financier s’avère très fort. Les chauffeurs, diplômés en mécanique, sont formés dans lycées Claude-Lehec, à Saint-Hilaire-du-Harcouët, ou Charles-Tellier, à Condé-sur-Noireau.

« Chacun gère son ensemble, des véhicules très coûteux en investissement, jusqu’à 500 000 €, à forte puissance, de 300 à 540 chevaux fiscaux, avec sa manière de travailler, du transport à l’entretien, sans jamais négliger la propreté. »

 

Pierrick Hélie, Transports Gondouin, image 2867

En conclusion

Les perspectives pour la méthanisation française à l’horizon 2050

Petit focus sur le stand du SDEC, associé à l’Intercom de la Vire au Noireau

Sur le stand de l’Intercom de la Vire au Noireau, avec Mathilde Marie-Poignant, et du SDEC, la question de l’empreinte carbone a été posée aux publics par Fanny Lemaire, du Syndicat Départemental des Énergies du Calvados.

« Pour un litre de bière ou un litre de café, tout au long du processus, de la culture des céréales jusqu’à la consommation, quel équivalent CO₂ est émis ? La bière émet le plus. Pour un litre de bière, 1 kg d’équivalent CO₂, pour un litre de café 0,6 kg. Concernant l’empreinte carbone du café, 90 % du chiffre est lié à sa culture, alors que dans le cas concret de la bière, l’empreinte est liée à son conditionnement, dans des bouteilles en verre. D’où l’intérêt de boire des bières en bouteilles consignées. »

Sur le même exemple, lequel, du café ou de la bière, consomme le plus d’eau ? Le café. Pour produire un litre de bière, il faut 300 litres d’eau, en prenant en compte toutes les étapes, de la culture des céréales à l’embouteillement, en passant par la brasserie. Pour produire un litre de café, 1 050 litres d’eau sont nécessaires.

Pour conclure ce reportage immersif au cœur de l’unité de méthanisation viroise Agrigaz Vire lors de la journée porte ouverte, organisée avec les Chambres d’Agriculture de Normandie, il reste à souligner l’importance des partenariats territoriaux, entre autres acteurs avec la Normandise Pet Food, Clarke Energy, VerdeMobil, Atmo Normandie, Gondouin Travaux Agricoles, les établissements financiers et le GE14, groupement d’employeurs sous forme associative.

Lorsque la méthanisation agricole permet la production de biométhane pour une injection directe dans le réseau GRDF, à raison de 30 000 Mwh par an, la valorisation du CO₂ biogénique vient conforter le schéma en économie circulaire afin de gagner, chaque année, 7 500 tonnes de gaz carbonique, mais aussi de limiter l’usage des engrais chimiques sur les terres agricoles normandes.

Cette journée du 30 mai a confirmé l’intérêt du grand public pour les solutions locales de production d’énergie renouvelable. Toute l’équipe Agrigaz remercie chaleureusement les visiteurs, les agriculteurs, les partenaires techniques, les entreprises intervenantes ainsi que l’ensemble des acteurs ayant contribué à la réussite de cet événement.

En ouvrant régulièrement ses portes, Agrigaz, producteur d’énergies d’ici, pour aujourd’hui et pour demain, souhaite continuer à faire découvrir la méthanisation, expliquer son fonctionnement et démontrer concrètement comment agriculture, énergie et économie circulaire peuvent avancer ensemble au service du territoire.

Un public nombreux à la porte ouverte chez Agrigaz, image 2886