La méthanisation
Différentes étapes du projet
En 2009, un groupe d’agriculteurs a réfléchi à la méthanisation. Des déplacements ont eu lieu en Allemagne, pour voir comment cela se passait. Au retour, un certain nombre ont été plutôt séduits par la technologie, l’intérêt de produire de l’énergie renouvelable avec la méthanisation ; mais la complexité et la lourdeur financière ont fait que les agriculteurs ne se sont pas sentis prêts à l’époque.
À l’époque, le sujet de la méthanisation, qui arrivait en France, n’était pas très connu par les différents interlocuteurs auprès desquels on pouvait poser des questions. Au fil du temps, les choses ont un petit peu évolué. Conduire un projet dans la durée et sur dix ans, c’est long et compliqué, il faut faire preuve de beaucoup de persévérance pour maintenir un groupe en activité et en haleine. Aujourd’hui, les choses sont plus aisées pour les nouveaux porteurs de projets, puisqu’on voit que les projets qui débutent avancent fortement, en deux ans seulement.
L’idée a jailli de réfléchir collectivement, une association de préfiguration s’est créée et différentes études ont été conduites jusqu’en 2014. En 2014, la SAS Agrigaz, société par actions simplifiées, naît, sur une orientation injection. Les études ont été menées pendant deux ans et en 2016, toutes les démarches ont été effectuées auprès des partenaires financiers, subventions, banques, etc., afin de finaliser le dossier début 2018. La construction a débuté en novembre 2018, et la mise en service a eu lieu début 2020.
Retour d'expérience par Antoine Herman
Un déplacement a été proposé aux riverains, pour aller visiter une unité de méthanisation en fonctionnement en Bretagne. Les plus proches se sont déplacés, ont rencontré un agriculteur et ont vu une unité qui ne générait pas de nuisances, localement. À partir de là, les choses se sont plutôt bien engagées, nous avons tous fait le choix de travailler en toute transparence, avec les élus pour commencer, mais également avec les acteurs locaux et les riverains.
Des réunions ont eu lieu auprès des riverains lorsque le projet a repéré l’emplacement qui serait dédié à la construction, les arguments ont été entendus. La collectivité a aussi souhaité aller plus loin auprès des riverains, en les associant à une étude olfactive vis-à-vis des nuisances. Donc les riverains ont été invités dans le jury de nez, comme on l’appelle, et j’ai trouvé cela intéressant.
« L’acceptabilité locale apparaît comme un levier important, à bien maîtriser, je pense qu’il faut le prendre en compte dès le départ du projet. Ne pas attendre que le projet soit ficelé, sans aucune communication en amont. Une anticipation sur le sujet pour éviter les effets de surprise semble la meilleure formule. »
L'unité Agrigaz Vire
Le choix de la méthanisation par injection
L’unité est portée par un collectif agricole de 37 exploitations apporteuses de lisiers, de fumiers et de déchets verts. À ces exploitants, s’ajoutent deux entreprises locales, une structure d’entretien d’espaces verts, et l’entreprise la NORMANDISE Pet Food, qui apporte des déchets de l’industrie alimentaire. Deux fonctions constituent le projet, la production d’énergie renouvelable et le traitement de déchets agro-alimentaires du territoire. Le collectif, principalement composé d’agriculteurs, s’est lancé dans la méthanisation, avec comme objectif premier de trouver une nouvelle valeur ajoutée, à partir des déchets présents dans les exploitations. Les agriculteurs, actionnaires majoritaires, percevront à terme un complément de revenus, grâce à cette production de biométhane.
Impacts et avantages
La méthanisation, au-delà de produire de l’énergie renouvelable, va remplir plusieurs objectifs, avec en premier lieu la réduction des émissions de gaz à effet de serre, sujet important. Pour les agriculteurs, le projet donnera pour conséquence la réduction des factures d’engrais, puisque le digestat servira de fertilisant au niveau des cultures. Ils pourront ainsi réduire de façon significative leur dépendance vis-à-vis des engrais de synthèse. Enfin, nous mettons en place un plan d’épandage mutualisé, pour les agriculteurs un peu saturés en effluents. Ce projet collectif va donc leur redonner des capacités de stockage, parce qu’aujourd’hui, les effluents doivent être contenus pendant une période moyenne de six mois, et certaines exploitations en cours de développement se trouvent limitées en stockage.
Pour le territoire, d’autres avantages s’affichent, de l’énergie renouvelable produite localement à partir de déchets du secteur. L’unité représente environ 20 % de la consommation de gaz naturel de Vire. Du biométhane vient se substituer au gaz naturel. De plus, Agrigaz peut être perçue comme une unité de traitement de déchets du territoire, pour les industriels présents, mais peut-être aussi pour de nouveaux, qui seraient en capacité de venir s’implanter à Vire Normandie.
