Méthatour Clarke Energy avec VerdeMobil

Dans le cadre du Méthatour 2025, Clarke Energy, partenaire technique de l’unité de méthanisation Agrigaz Vire, énergies d’ici, a organisé, le mercredi 10 septembre 2025, en collaboration avec VerdeMobil Biogaz, une visite du site virois. L’occasion de rencontrer des porteurs de projets, ainsi que les institutionnels des filières biométhane et bioCO2.

L’unité de méthanisation Agrigaz Vire s’impose comme un modèle de transition énergétique territoriale. Créée par un collectif d’agriculteurs locaux, elle transforme chaque année des déchets agricoles, agroalimentaires et végétaux en gaz vert renouvelable, tout en valorisant désormais, et ce depuis le mois d’août 2025, le CO₂ issu du biogaz. Une approche globale, innovante et vertueuse, présentée lors du Méthatour 2025.

Une dynamique collective au cœur du territoire de la région Normandie

Le projet, collectif et visionnaire, est né en 2009, d’une volonté commune d’agriculteurs du Bocage virois. Aujourd’hui, 37 exploitations agricoles et plusieurs partenaires agroalimentaires locaux alimentent l’unité en matières organiques.

Le digestat, un fertilisant naturel au service des sols

Comme l’expliquent les divers panneaux pédagogiques graphiques, la méthanisation ne produit pas seulement du gaz. En effet, le résidu du processus, appelé digestat, fertilisant organique riche en éléments nutritifs, repart dans les exploitations. Peu odorant, cet élément bénéficie aux exploitants, selon un plan d’épandage mutualisé, couvrant environ 4 000 hectares.

Chaque année, ce sont près de 60 000 tonnes de matières entrantes qui s’y trouvent traitées, pour produire autant de digestat, utilisé à l’issue comme fertilisant naturel sur les terres des membres du collectif.

Cette logique circulaire permet ainsi, pour rappel, de :

  • réduire le recours aux engrais chimiques
  • mieux gérer les effluents d’élevage
  • créer une valeur ajoutée locale à partir de déchets auparavant peu utilisés, voire rejetés dans la nature

Comment fonctionne la méthanisation chez Agrigaz Vire ?

La méthanisation repose sur un principe naturel, à savoir la dégradation de la matière organique par des micro-organismes en milieu anaérobie, c’est-à-dire en l’absence d’oxygène. Chez Agrigaz Vire, ce processus est maîtrisé dans trois digesteurs de grande capacité, de 3 900 mètres cubes chacun.

Comme l’explique Antoine Herman, responsable de l’unité de méthanisation viroise, « le procédé revient à reconstituer une panse de vache artificielle, les bactéries transformant progressivement la matière en biogaz ».

Les 3 digesteurs fonctionnent en régime mésophile, à une température comprise entre 35° C en hiver et 40° C en été. Par opposition au régime thermophile, plus fragile pour cause de critères biologiques difficiles à maîtriser. Le temps de séjour de la matière dans les cuves avoisine 55 jours. Les digesteurs, en inox, isolés thermiquement, sont équipés de systèmes d’agitation et de gazomètres permettant de capter le biogaz produit de manière continue.

Le choix structurant de l’hygiénisation d’une grande partie des intrants confère une spécificité majeure à l’unité Agrigaz. En effet, les matières animales et certains déchets issus des industries agroalimentaires locales sont chauffés pendant une heure à 70° C, avant leur introduction dans les digesteurs.

Ce procédé, exigeant tant sur le plan technique que sur le volet énergétique, garantit une sécurité sanitaire maximale et permet de valoriser jusqu’à 40 000 tonnes de matières par an. Il répond également aux règlementations liées à certains sous-produits animaux.

Le groupe de visiteurs découvre les cuves d'hygiénisation 0753

Une unité au cœur de l’économie circulaire à l’échelle locale du territoire

Agrigaz Vire, énergies d’ici, traite chaque année 60 000 tonnes de matières organiques. Ces dernières sont issues quasi exclusivement du territoire, ce qui permet de limiter les transports énergivores et de renforcer l’ancrage local du projet.

En matière d’intrants, une maîtrise et un équilibre caractérisent les gisements valorisés par Agrigaz Vire, avec :

  • 50 % d’effluents agricoles, une majorité de lisiers bovins, complétée par des lisiers porcins et des fumiers
  • 25 % de déchets agroalimentaires, avec le lactosérum et les boues d’écrémeuses issus des laiteries locales, résidus de transformations alimentaires, graisse, déchets de pet food ou sang d’abattoir
  • 25 % de matières végétales, à l’instar des herbes de bords de route, des tontes de pelouses, des cultures intermédiaires à vocation énergétique, des intercultures de seigle et d’une part limitée de maïs ensilage
Transformation du biogaz en gaz vert

Une synergie énergétique unique et innovante avec l’industrie locale

Afin d’alimenter le processus d’hygiénisation par de nombreuses pompes à chaleur, mais aussi d’optimiser les performances énergétiques de l’unité de méthanisation, Agrigaz s’appuie sur une remarquable synergie industrielle locale.

En effet, grâce à un partenariat avec la Normandise Pet Food, né à l’époque de la direction du vétérinaire Christian Duquesne, fondateur de l’entreprise agroalimentaire qui produit, à l’échelle internationale, de la nourriture pour animaux, Agrigaz récupère l’énergie dite « fatale » des stérilisateurs, auparavant rejetée dans l’atmosphère, afin d’alimenter les échangeurs. Un réseau d’eau chaude de plus d’un kilomètre a été mis en place entre les deux entreprises viroises afin d’acheminer cette énergie vers Agrigaz.

Une dizaine de pompes à chaleur permettent ensuite de produire de l’eau à différentes températures, entre 55° C et 85° C, utilisée pour chauffer les échangeurs d’hygiénisation. Cette récupération d’énergie représente environ 2 600 mWh par an, elle évite de brûler près de 20 % de la production de biogaz.

Du biogaz au biométhane, une énergie renouvelable injectée dans le réseau de gaz

Comme expliqué dans divers contenus textuels et graphiques du site web, le biogaz brut, issu de la méthanisation, est principalement composé de méthane, au symbole chimique CH₄ et de CO₂, à savoir le dioxyde de carbone, ainsi que de traces d’eau et de composés soufrés.

Pour être injecté dans le réseau public de gaz, ce biogaz doit être purifié afin de répondre aux standards stricts de qualité du réseau GRDF. Ainsi, l’unité installée par Clarke Energy assure plusieurs fonctions essentielles dans les étapes de l’épuration.

La visite du 10 septembre 2025 a permis aux deux représentants du partenaire technique d’Agrigaz, Roméo Viel, chargé du développement commercial, et son collègue, Vincent Ringuenet, responsable du marché biométhane et bio CO2, de détailler le mode d’épuration du biogaz, 100 % vert. À l’issue du processus de séchage, afin d’éliminer l’humidité, puis de la filtration sur charbon actif, destinée à ôter le soufre et les COV, composés organiques volatils, la séparation membranaire permet d’enrichir le gaz en méthane. Ainsi, ce biométhane atteint une teneur en CH4 proche de 97 %.

« En sortant de la plateforme, le biométhane resterait sans odeur, ce qui représente un danger en cas de fuite », précise Antoine Herman, responsable de l’unité.

C’est pourquoi GRDF assure, en amont de l’injection dans son réseau, l’odorisation du biométhane, un contrôle de la qualité de ce biométhane et un enregistrement des volumes produits.

Ici, à Vire Normandie, toutes les fonctions du gaz vert sont remplies, hormis celle du transport. « Ce gaz est capable de faire rouler des véhicules, encore faut-il disposer d’une flotte et d’une station », précise le responsable de l’unité de méthanisation. En revanche, le gaz produit sert au process des industries et à tous les clients connectés au réseau. Aujourd’hui, Agrigaz Vire couvre environ 20 % de la consommation de gaz de Vire Normandie, fournissant une énergie renouvelable, locale et décarbonée aux particuliers, aux collectivités et aux industriels.

Avant d’évoquer la valorisation du CO2, Roméo Viel a parlé du temps nécessaire avant d’atteindre l’optimisation d’une installation de méthanisation, soit « entre 7 et 10 ans ».

Le petit point sur le marché du CO2 en France fait état d’un volume de 500 000 tonnes, dont 90 % d’origine fossile. Produit grâce à l’ammoniac, donc au coût très faible, il rendait difficile l’accès du CO2 biogénique. Or, « de par les évolutions réglementaires imposées par l’État aux industries agro-alimentaires, l’augmentation de la production d’un produit biogénique commence à se faire ressentir », relatait, non sans un certain optimisme, le chargé du développement commercial chez Clarke Energy.

Grâce à des porteurs de projet comme Agrigaz Vire, clairement identifié comme un pionnier dans son domaine, un cercle de plus en plus vertueux se met en place. En effet, en matière d’innovation, il semble important de souligner que, à la fin de l’année 2025, il n’existait qu’une trentaine d’unités dans le pays, en service ou en cours de construction. Sur cette trentaine, un tiers émane de l’installateur Clarke Energy.

Quant à la valorisation du bio CO2, sur les 790 installations de purification de biométhane existantes, seulement 30 valorisent ce produit purifié à 99 %, permettant de répondre à tous les besoins, dont ceux du secteur alimentaire, avec ses 4 grands usages, à savoir la carbonatation de boissons gazeuses, le transport avec glace carbonique, l’étourdissement des animaux et le conditionnement d’aliments en barquettes.

« La boucle est bouclée », a conclu Vincent Ringuenet. « Agrigaz génère un gaz 100 % vert, injecté dans le réseau, donc finies les importations étrangères ! »

La valorisation du CO2 biogénique, une nouvelle étape majeure dans le développement de l’unité de méthanisation viroise

Longtemps considéré comme un simple sous-produit, le CO issu de l’épuration du biogaz se trouve désormais pleinement valorisé par Agrigaz Vire. En effet, depuis le mois d’août 2025, une unité de traitement développée par Verdemobil Biogaz, installée en aval des équipements, permet de capter, de purifier et de liquéfier ce dioxyde de carbone.

Un CO₂ purifié à 99,9 %

Le CO passe par plusieurs étapes, à savoir le séchage, la filtration, la compression – par des compresseurs énergivores sans nécessité d’utiliser une énergie payante venue de l’extérieur – et le refroidissement. Grâce à un jeu précis de températures, celui-ci est séparé du méthane et atteint un niveau de pureté compatible avec des usages alimentaires et industriels, tels que détaillés ci-dessus. Agrigaz Vire, énergies d’ici, porte donc très bien son nom, car l’unité de méthanisation valorise ainsi environ 3 000 tonnes de CO₂ par an, temporairement stockées sur site avant d’être livrées aux utilisateurs.

Nicolas Redsand, de l’entreprise VerdeMobil Biogaz, détaille le processus. « Après l’épuration du biogaz et la récupération du biométhane injecté dans le réseau GRDF, la solution que nous proposons permet de récupérer l’excédent, qui auparavant s’échappait dans la nature.

Grâce à l’installation VerdeMobil, le CO₂ passe de la phase gazeuse à la phase liquide, pour se trouver stocké dans une grande cuve blanche, à l’arrière du dispositif breveté. » Tout comme dans l’installation de Clarke Energy destinée à produire le biogaz, celle de Verde Mobil fonctionne avec des cuves à charbon, pour procéder au séchage et à la filtration. Dans l’idée de purifier au maximum, le jeu sur les températures permet de comprimer le CO₂ et d’obtenir un gaz pur à 99,9 %, alors même que le CH4 est restitué à la méthanisation.

« En conclusion, dans toute la vie de l’unité, cette responsabilité environnementale accrue apporte un triple intérêt, environnemental, économique et réglementaire. »

Des usages concrets pour l'économie locale

Le CO biogénique produit à Vire Normandie trouve de nombreux débouchés, dans divers secteurs d’activité :

  • industries agroalimentaires : conditionnement sous atmosphère protectrice
  • serres agricoles : amélioration de la photosynthèse et des rendements
  • brasseries artisanales : carbonatation de la bière et service à la pression

Contrairement au CO fossile, non renouvelable, souvent importé de l’étranger et soumis à des tensions d’approvisionnement, le biogénique se trouve disponible tout au long de l’année, et s’inscrit dans une logique durable. Chez Agrigaz, environ 3 000 tonnes de CO produites chaque année sont stockées dans la cuve, pour des usages multiples, alimentaires ou non. « Un serriste a besoin, pour sa production en photosynthèse, du dioxyde sous forme gazeuse, lui permettant de produire jusqu’à 4 % supplémentaires de tomates, de fraises, etc. Autre exemple, un sachet de salade contient du dioxyde de carbone. Enfin, VerdeMobil livre aujourd’hui des brasseries pour la production des bières. »

Malgré une phase d’acceptation assez longue, la confiance s’est instaurée grâce à la fiabilité du produit vendu, dont les éléments d’analyse, tout au long du processus, de la cuve de stockage au camion, ont prouvé l’excellente qualité.

En application de cette valorisation du CO, le brasseur Benoît Lepelley a présenté son activité, dégustation de bière à l’appui de son argumentation.

« Depuis cinq ans, nous produisons environ 170 000 litres de bières par an dans la brasserie Loup Bar, installée à Moyon, dans le sud de la Manche. Aujourd’hui, ce qui justifie ma présence ici, nous consommons 1,5 tonne de dioxyde de carbone par an, dans le cadre de la production et de la consommation des produits destinés aux fûts, pour le service à la pression. »

Brasserie Loup Bar Moyon extérieur 0852

Un modèle économique et environnemental vertueux

La valorisation du biométhane et du CO biogénique renforce la viabilité économique de l’unité de méthanisation, tout en améliorant son bilan environnemental. En effet, les études montrent qu’Agrigaz permet d’éviter le rejet de 10 000 tonnes de CO par an, en tenant compte de :

  • la substitution au gaz fossile
  • la valorisation du CO biogénique
  • la récupération de chaleur industrielle
  • la gestion optimisée des flux agricoles

Cet ensemble de résultats probants positionne ainsi Agrigaz Vire parmi les unités de méthanisation les plus performantes de France.

« Lorsque nous avons commencé les études, en 2010, une prévision de bilan de 5 100 tonnes de CO gagnées était affichée à l’échelle de l’unité », a rappelé Antoine Herman.

« Peu après, un bureau d’études portait le chiffrage à 5 900 tonnes. »

À ce jour, les bilans chiffrés attestent des bonnes prises de décisions en amont, en termes de localisation comme de débit, car l’unité de liquéfaction de 4 000 tonnes s’ajoute au gain de 6 000 tonnes soit un global de presque 10 000 tonnes par an de CO.

Agrigaz Vire, énergies d’ici, un site pilote pour la filière biométhane

Comme indiqué en amont, à l’échelle nationale de l’Hexagone, seules quelques dizaines d’unités combinent la production de gaz vert et la valorisation du dioxyde de carbone. Ainsi, Agrigaz fait figure de pionnier dans une filière en pleine structuration, mais surtout en plein développement dans le cadre de la protection environnementale. Ce site à la pointe de l’innovation énergétique démontre que la méthanisation, parfois mal perçue, peut être :

  • une réponse concrète aux enjeux climatiques
  • un levier de développement économique local
  • un outil de souveraineté énergétique
  • un facteur de coopération entre agriculture, industries et collectivités
VerdeMobil Biogaz plan large 2164 1010 0816

Conclusion, une énergie d'ici, pour aujourd'hui et pour demain

Avec son unité de méthanisation et de valorisation du CO₂, Agrigaz Vire illustre à la perfection le potentiel des énergies renouvelables locales. En transformant des déchets en ressources, en produisant du gaz vert et en valorisant le CO₂ biogénique, le site s’inscrit ainsi dans une transition énergétique concrète, mesurable et ancrée dans le territoire. Bien en-deçà d’une simple installation industrielle, Agrigaz se positionne comme un beau projet collectif, durable et reproductible, au service d’une agriculture moderne et d’une énergie plus responsable.